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Conflit d'intérêts avocat : guide de révision

Comprenez les règles relatives aux conflits d'intérêts de l'avocat pour le CAPA : définition, types, détection, prévention et cas pratiques d'examen.

Le conflit d’intérêts est l’un des pièges déontologiques les plus redoutés dans la pratique professionnelle de l’avocat. Il constitue également un thème majeur de l’examen du CAPA, qui se prête particulièrement bien aux cas pratiques. Maîtriser les règles relatives aux conflits d’intérêts permet non seulement de réussir l’examen, mais aussi d’exercer la profession en toute sérénité.

Définition et fondement textuel

L’article 4 du RIN

L’article 4 du Règlement Intérieur National (RIN) est le texte de référence en matière de conflits d’intérêts. Il dispose que « l’avocat ne peut être ni le conseil ni le représentant ou le défenseur de plus d’un client dans une même affaire s’il y a conflit entre les intérêts de ces clients ou, sauf accord des parties, s’il y a un risque sérieux d’un tel conflit ».

Cette définition est large : elle vise non seulement le conflit avéré, mais aussi le risque sérieux de conflit. L’avocat doit donc anticiper et prévenir les situations de conflit, pas seulement réagir lorsqu’elles se matérialisent.

Les textes complémentaires

Au-delà de l’article 4 du RIN, plusieurs textes encadrent la question des conflits d’intérêts :

  • L’article 7 du décret du 12 juillet 2005 relatif aux règles de la profession d’avocat, qui reprend l’interdiction de représenter des intérêts contradictoires.
  • La loi du 31 décembre 1971, dont l’article 7 affirme le principe d’indépendance de l’avocat, condition nécessaire à l’absence de conflit.
  • Le Code de déontologie des avocats européens (CCBE), dont l’article 3.2 traite des conflits d’intérêts dans un contexte transfrontalier.

Les types de conflits d’intérêts

Le conflit d’intérêts simultané

Le conflit d’intérêts simultané est la situation la plus évidente : l’avocat assiste ou représente deux clients dont les intérêts sont opposés dans la même affaire ou dans des affaires connexes. Par exemple, un avocat ne peut pas défendre à la fois le locataire et le bailleur dans un litige portant sur le même bail.

Ce type de conflit est absolu : il ne peut être levé par l’accord des parties. L’avocat doit renoncer à représenter l’un des clients, voire les deux si la situation l’exige. L’article 4.1 du RIN est sans ambiguïté sur ce point.

Le conflit d’intérêts successif

Le conflit d’intérêts successif se produit lorsqu’un avocat est amené à intervenir contre un ancien client dans une affaire en lien avec celle pour laquelle il l’avait précédemment assisté. Ce type de conflit est plus subtil et requiert une analyse au cas par cas.

L’article 4.2 du RIN prévoit que l’avocat qui a été consulté par une personne en vue d’agir en justice ou qui a assisté ou représenté une partie ne peut ultérieurement accepter de défendre ou de conseiller la partie adverse dans la même affaire ou dans une affaire connexe, si les informations recueillies lors de la première mission risquent de profiter indûment au nouveau client.

Le conflit lié aux intérêts personnels de l’avocat

Un conflit d’intérêts peut également naître entre les intérêts du client et les intérêts personnels de l’avocat. Par exemple, un avocat qui détient des parts dans une société ne peut pas représenter un client dans un litige contre cette société. De même, un avocat ne peut pas acquérir les droits litigieux de son client (article 1597 du Code civil).

Ce type de conflit est souvent négligé dans les révisions, mais il apparaît régulièrement dans les cas pratiques du CAPA. L’indépendance de l’avocat, principe essentiel de la profession, commande de traiter avec la plus grande vigilance toute situation où les intérêts personnels de l’avocat pourraient interférer avec ceux de son client.

Le conflit au sein d’une structure d’exercice

Lorsque l’avocat exerce au sein d’un cabinet regroupant plusieurs avocats, le conflit d’intérêts s’apprécie au niveau de la structure dans son ensemble, et non au niveau de chaque avocat individuellement. Ainsi, si un associé du cabinet a assisté un client, l’ensemble des avocats du cabinet sont soumis à l’interdiction de représenter la partie adverse. Il s’agit de la règle dite de l’imputation du conflit à la structure.

L’article 4.3 du RIN précise les conditions dans lesquelles un avocat changeant de structure d’exercice peut ou non poursuivre ses dossiers, en tenant compte des conflits d’intérêts potentiels avec les clients de sa nouvelle structure.

Les obligations de détection et de prévention

La vérification systématique

L’avocat a l’obligation de vérifier, avant d’accepter un nouveau dossier, qu’il n’existe pas de conflit d’intérêts avec ses clients actuels ou anciens. Cette vérification doit être systématique et documentée. En pratique, les cabinets d’avocats tiennent un registre des clients et des affaires (le « conflict check ») qui permet de détecter les conflits potentiels.

L’obligation d’information

Lorsqu’un conflit d’intérêts est détecté en cours de mission, l’avocat doit immédiatement en informer les parties concernées. Il doit cesser d’intervenir pour l’un ou les deux clients et, le cas échéant, les orienter vers un autre avocat. Le manquement à cette obligation constitue une faute déontologique grave.

Le devoir de vigilance continue

L’obligation de vérification ne se limite pas à l’acceptation initiale du dossier. L’avocat doit maintenir une vigilance continue tout au long de sa mission. Un conflit d’intérêts peut naître en cours de procédure, par exemple lorsque les intérêts de deux codéfendeurs initialement convergents deviennent divergents.

Les conséquences du conflit d’intérêts

Les sanctions disciplinaires

Le manquement aux règles relatives aux conflits d’intérêts expose l’avocat à des sanctions disciplinaires pouvant aller de l’avertissement à la radiation. La jurisprudence disciplinaire est sévère en la matière, car le conflit d’intérêts porte atteinte à la confiance du client et à l’indépendance de l’avocat, deux valeurs fondamentales de la profession.

Les conséquences procédurales

Un conflit d’intérêts peut entraîner la nullité des actes accomplis par l’avocat en situation de conflit. La partie adverse peut soulever le moyen, et le juge peut relever d’office l’existence d’un conflit. En pratique, la découverte d’un conflit d’intérêts peut compromettre l’ensemble de la stratégie contentieuse du client.

La responsabilité civile

Le client qui subit un préjudice du fait d’un conflit d’intérêts non détecté ou non résolu peut engager la responsabilité civile de son avocat. Le préjudice peut consister en la perte d’une chance de gagner le procès, en des frais de procédure inutilement exposés, ou en un dommage moral lié à la trahison de la confiance accordée.

Cas pratiques pour l’examen

Scénario 1 : les deux époux

Un avocat a assisté un couple dans la rédaction de leur contrat de mariage. Quelques années plus tard, l’un des époux le sollicite pour engager une procédure de divorce. L’avocat peut-il accepter ?

Non. L’avocat a eu connaissance, lors de la rédaction du contrat de mariage, d’informations relatives au patrimoine et aux souhaits des deux époux. Utiliser ces informations au profit de l’un contre l’autre constituerait un conflit d’intérêts successif caractérisé. L’avocat doit refuser le dossier et orienter le client vers un confrère.

Scénario 2 : les cofondateurs d’une start-up

Un avocat accompagne trois associés cofondateurs d’une start-up. Deux d’entre eux souhaitent révoquer le troisième de ses fonctions de dirigeant. L’avocat peut-il continuer à assister les deux associés majoritaires ?

L’avocat est en situation de conflit d’intérêts simultané. Il a assisté les trois associés ensemble et dispose d’informations confidentielles communiquées par chacun. Il doit se dessaisir du dossier pour l’ensemble des parties et ne peut représenter ni les majoritaires ni le minoritaire dans ce conflit.

Scénario 3 : le changement de cabinet

Un avocat quitte un cabinet pour rejoindre un cabinet concurrent. Dans son ancien cabinet, il traitait le dossier de la société A. Son nouveau cabinet défend la société B dans un litige contre la société A. L’avocat peut-il intervenir sur le dossier de la société B ?

Non, en raison du conflit d’intérêts successif. L’avocat a eu accès à des informations confidentielles de la société A, qu’il ne peut exploiter au profit de la société B. Le nouveau cabinet doit également vérifier qu’aucun autre avocat de la structure n’est affecté par ce conflit, en application de la règle d’imputation à la structure.

Méthodologie de préparation

Le conflit d’intérêts est un sujet qui requiert à la fois une connaissance précise des textes et une capacité d’analyse des situations concrètes. Pour une préparation efficace, il est recommandé de travailler les textes de l’article 4 du RIN dans le détail, de multiplier les cas pratiques en variant les configurations, et de lire des décisions disciplinaires relatives aux conflits d’intérêts.

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Cet article est un guide de révision et ne constitue pas un avis juridique. Pour toute question spécifique, consultez un professionnel du droit.

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